'ART

Dans un coin du fournil, j'ai toujours un papier, un crayon 
A vos curiosités, mes humeurs vagabondent ... 









Mr Houellebecq Docteur Gainsbourg, Marie-Jane et moi



Il y a quelques semaines je me suis retrouvé à table entre une fille poulpiquement littéraire et Mr Houellebecq. 
Malgré la pizza cramée l’ambiance était joviale, le vin italien et heureux... 
jusqu’au moment où Houellebecq interroge la fille 
" .../ et si tu devais choisir entre Gainsbourg et moi pour finir la soirée ? /"

Et elle répond ... « je serais plutôt François Ruffin, il est trop sexy! »
// Effet désastreux //

Quelques minutes plus tard nous devions abandonner nos restes de pizzas à l’ambiance qui commençait à surchauffer et finirait incontestablement par cramer elle aussi...
La suite, je ne me souviens plus précisément 
Paris by Night, la belle à mon bras, manqué le dernier métro, des poulpes, des mojitos, dans le caniveau des cadavres de lacrymos, son rire, des parachutes, Belleville, un accordéon, des mandarines, elle et moi chantant sur les tables, comme des insoumis, la javanaise version remake.
Ne vous déplaise Mr Becq ; taux de sérotonine ; à bloc
Et puis elle a dit ... " et si on allait le voir, François ? "


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence









Il pleut sur Montparnasse


Quand les voies se séparent
Les aiguillages grincent
Un café au comptoir
Que tu n’as pas touché
La poésie des gares
Que je n’ai pas trouvée


La fumée, gris de Payne
Un dernier train s’élance
Bruits de bas-fonds
Débris d’acier
Vieille loco qui traine
Monstre obsédé
Dans ma mémoire
La peur sur son chemin de fer
N’a jamais de retard

Encore un train manqué
Comme d’autres trains
De mon adolescence
D’autres correspondances

Croix de Chavaux, Nation
Châtelet les halles
Des wagons d’illusion

Quand les vies se séparent
Les aiguillages grincent Interminablement
Il pleut sur Montparnasse

Gil Sersiron.
2019©️Arborescence




Néma


La dune attend le vent
La peau attend le souffle
Quand la terre se dénude

Sous les baisers du ciel
Nos corps sont ces déserts
Où nos désirs se cherchent

Quand l’eau n’est pas de pluie
Elle est au fond des puits

Je t’attends, je te puise
Chaque nuit dans mon rêve
Plus profonde chaque jour
Je t’attends mon amour

Comme la dune sous le vent
Mon ventre attend le tien

Maintenant le désert
N’est plus ce vide immense
Il est là sur ma peau
Rempli de ton absence

Au loin j’entends les chants
D’un peuple Sahraoui
Une guerre se prépare


Gil Sersiron
©️2019- Arborescence





Marianne


Ton gloss me glace
Ta lèvre amollie grimace
En vain devant ta glace
Bouche cousue
Ta grande baveuse exsude
Le pus des solitudes
Maladroite
Mal à gauche
Tu cherches un alibi
Encore un peu de rose
Devant l’écran tu oses
Ta bouche baveuse explose
Ta grande gueule insulte
La bête à sept bouches
La haine alors du rouge
Ton gloss salace se glisse
À l’oral se délecte
Promesse
Campagne électorale
Enrobée de paillettes
Limace bleue marine
Costume
Subtilement dégueulasse
Atrocement populace
Ton gloss me glace
Je le fuis à la trace

Quand la chair se crevasse
Comme une primaire ouverte
Gang bang chez les élites
La grande bouche du pouvoir
A un goût qui t’excite
Égalité
Fraternité Maquillage et liberté
Au fond de l’isoloir
Derrière le voile noir
Moi j’embrasse en secret
Marianne sur la bouche
En secret
Marianne sur la bouche



Gil Sersiron
2019©️arborescence








À l’ombre d’un noyer


Couronne de fleurs, couronne de pain
Couche de lin ou de sapin
Fard ou farine, en apparence
Morts de fatigue ou de chagrin

Entre nos grandes mains veineuses
Enfouies sous des poussières cendreuses
Nos cœurs couronnés de souffrance
Se serrent sur nos poitrines osseuses

Un four s'éteint, un feu s’allume
Un jour étreindre nos ressemblances
D’un jardin de Nolay s’exhument
Mes plus vifs souvenirs d’enfance

Gil Sersiron.
2019©️Arborescence






Restons légers



Alors restons légers
Plus légers que les airs
Légers pour s'envoler au long court sur l'écume
Amour restons légers
Plus légers que nos plumes
Si légères à porter les fous célibataires


Alors restons légers,
Plus légers qu'un penchant
Pour ne pas chavirer que d'avoir trop penché
Pour ne pas dériver
Mouillons dans le présent
Nos écrans, ces radeaux sans nul autre projet



Amour restons légers
Pour que ce jour soulève
Un soleil infaillible au bout de nos ficelles
Quand nos rêves impossibles s'amusent dans le ciel
Sur la plage aux patiences
Ecoute... le vent se lève



Gil Sersiron
2019©️arborescence







Va te faire



Si tu cherches le bonheur
Va te faire
Va te faire aimer ailleurs

Ici c'est ma ZAD
Ici
Ni sommation
Ni grenades

Si tu cherches le meilleur
Va te faire
Va te faire aimer ailleurs
Ici, tu trouveras le pire

Barricades
Ne pas rester
Ne pas partir
Ni ressembler
Ni obéir

Si tu cherches le bonheur
Va te faire
Va te faire aimer ailleurs
Le bonheur
Va te faire
Va te faire aimer ailleurs

Le pire
Ne pas rester
Ne pas partir
Ni ressembler
Ni obéir
Ni ressembler
Ni obéir


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence






Anna


Sous les mots éperdus
-Temps forts- d’Anna Greki
J’écrivais à la mort
Et tu m’as répondu


Tourments entremêlés
Amour Révolution
Le printemps enflammé
Dévoile tes passions

Espoir et Liberté
Tu graphes sur les murs
Sur ta peau dessinée
Tatouages, éraflures

Tu rentres dans la nuit
M’écris un peu de toi
Colère Démocratie
Amoureuse au combat

Et mon curseur qui bat
Tu es en train d'écrire
Et mon curseur qui bat
Anna, je dois te dire

Dans ma tête ces jeux
Dessinent des arabesques
Je devine tes fresques
Je voudrais voir tes yeux

Et mon curseur qui bat
Et mon curseur qui bat
Tu n’as pas répondu

Comme la force du pouvoir
Étouffe les émeutes
L’illusion de l’histoire
A fait sourire Iseut

L’avenir c’est bientôt
L’avenir c’est demain
Alger
J’étais si loin

Gil Sersiron.
2019©️Arborescence



Insomniaque DHC-6 Airplane -


Elle est plantée là
Sur son canapé
Qu'est même pas très beau
Qu'est même pas le sien
Elle est plantée là
Elle attend comme ça
Seule, avec son chat
Le coup de marteau
Le jugement qui vient
Le jugement dernier

Elle est plantée là
Comme le dernier clou
Dans la main du Christ
Tu peux croire vraiment
Qu'au dernier moment
Il n'était pas triste
De s'barrer comme ça ?

Elle est plantée là
Comme une belle Ducat'
Au fond d’un ravin
La chute maladroite
Un mauvais virage
Qu'elle connaissait bien …
Elle est plantée là
Comme une vieille Harley
Au fond d'un garage
La tire à Dédé
Au cimetière Pantin...

Elle est plantée là
Comme une jonquille
Mais sur un rond-point
Y a plus de jardin
Tournent les aiguilles
Et tournent les bagnoles
Putain de circuit
Putain de pendule
Elle attend comme ça
Instance et calculs
Balance et bascule

Et puis me voilà
Planté comme un con
Je la r'garde comme ça
Je lui dis : tiens bon
J' lui dis qu'elle est belle
Comme un hydravion
Comme une tourterelle
Comme une belle chanson
De Francis Cabrel
Que tout c' que j'écris
Oui je l'ai puisé
Et le puise encore
A l'encre de ses yeux
Et que … bon d'accord
Si lui l'a déjà dit
Quand c'est moi qui l' dis
Bah c'est vachement mieux

Elle est plantée là
Sur son canapé
Elle s'est endormie
Petit colibri
Je l'ai vue sourire
Juste au coin de l'oeil
Je crois qu'elle rêve
D'un jour qui se lève
Sur la canopée
Sur les grands tilleuls

Oui elle s’est plantée …
Mais laisse-la dormir
Laisse-la rêver
Demain c'est demain
Aujourd'hui mon dieu
Mon dieu qu’elle est belle
Laisse-la rêver
Et à son réveil
Aide-la s'il te plait
Qu'elle se plante encore
Mais dans mon décor
Qu'elle se plante encore
Mais dans mon décor ...

Oui tu t'es planté
Mais laisse derrière toi
Les cauchemars au diable
Et réveille-toi
Fais-toi un café
Et là près de toi
Ces fleurs sur la table...

Ces fleurs sur la table
J'espère qu'elles te plaisent
Elles viennent de s'ouvrir comme des parenthèses
Comme des jolies fables de Corto Maltese
Viennent te raconter le rêve que j'ai fait …
Le rêve d'un été

Je veux les plus belles, hâtez-vous pour Elle !
Oh mon beau livreur, saute sur ton scooter
Sur le miroir d'eau, c'est le décollage
Je ferme les yeux, c'est l'héliportage
C'est plus un scooter c'est un hydravion
Qui vole vers toi, et si nous pouvions
Voir dans son sillage, jusqu'à l'horizon
On verrait ma belle, des milliers de fleurs
Comme des sauterelles, pleuvoir sur ton coeur

Ces fleurs sur la table, j'espère qu'elles te plaisent
Le temps d'une chanson, oui, la javanaise
Elle te chanteront le temps des merguez
De ce bel été dont j'ai tant rêvé…

Je veux les plus belles, hâtez-vous pour Elle !
Oui c'est bien pour elle, ne vous trompez pas
C'est pas pour Chirac, lui j'en ai ma claque
Je vais pas lui faire, une fleur à ce Jacques
Pour les sentiments, le bruit et l'odeur
Je lui enverrai, de Polynésie
Quelques champignons et une carte postale
Peut-être des sushis mais ça voyage mal…

Ces fleurs sont pour toi
Prends-en soin ma belle
M'ont couté un bras
Mais c'est pas un mail
C'est pas du virtuel
Pas de l'artificiel
Pas les bonbons de Brel ...

Des fleurs comme celles-là
C'est pas périssable
Laisse-les sur la table
Et prends ta valise
Et comme les regrets, laisse les derrière toi
On s'en fout ma belle, y a plus de banquise
On ira planter sur des terres nouvelles
Sur des terres promises
Des fleurs éternelles
L'été reviendra

Et puis toute façon
C'est demain je crois
Le jour des poubelles
L'été reviendra
Et de toute façon
C'est demain je crois
Le jour des poubelles …

Alors maintenant, lève-toi et cours
Et les gens diront, médiront surement
Elle cavale, elle cavale
Elle cavale tout le temps
Elle cavale, elle cavale
Dans ses prières d'enfant

Mais Dieu ne comprend pas
Elle adjure les démons
Mais n'y croit pas vraiment
Elle sait que sa raison
N'est libre qu'en cavalant

Elle cavale, elle cavale
Et elle cavale encore
Elle sait où se cacher
Au fond de sa cabane
Derrière les ronciers
Elle sait d'où entrevoir
Arcanes et mines d'or
De sa montagne noire

Elle cavale, elle cavale
Les hommes ne comprennent pas
Ils peuvent toujours courir
Hurler au garde à vous !
Elle s'en fout, elle cavale
Loin des rugissements
Des hyènes en troupeaux
Elle fuit les régiments
Elle cavale sans repos

Elle cavale, elle cavale
Elle cavale au secours
Elle sait où se cacher
Au fond de la forêt
Elle s'échappe, elle court
À travers les ronciers
Les balais de sorcière
Elle cherche le grand air

Elle cavale, elle cavale
Le juge ne comprend pas
Les affaires familiales
Quand y a plus de famille
C'est le feu aux broussailles !
Puis c'est l'Amazonie
Toute entière qui s'enflamme

Impulsive, elle cavale
Entre foudre et tornades
Sous des douches d'eau froide
Mais je la laisse venir
Du haut de mon sessile
Moi le Baron perdu
Dans les livres d'Hallé
J’attends mon indocile
Farouche, mon inconnue

Tu cavales, tu cavales
Allez viens te cacher
Allez viens t'allonger
Au pied de ces grands chênes
Et plonger dans la terre
Tes mains libres de chaines

Allez viens te cacher
J'ai trouvé la clairière
Viens et prenons racine
À ce réseau immense
Aux raisons arlequines
De nos arborescences
Et très loin, toi et moi
Dans nos rêves inventés
Notre réalité
Un jour se retrouver
En cavale
En cavale, en cavale
Un jour se retrouver


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence






Saxifrage



Cuisine froide
Lumière pâle
Plantes vertes
Mortes sous la véranda
Jardin d’hiver
Vitre brisée
Peau fine sous la neige
Perce-pierre
Inanimée
Quoi qu’il en soit
L’amour est un climat
Sous le grand ciel de Mercurey

Gil Sersiron
©️2019- Arborescence













Je rêve d’un homme



Un homme dans ma cuisine
Un homme prêt à cuire
Un comme je le devine
Prêt à tout même au pire



Un homme apéritif
Glisse entre deux cuissons
Un couteau, une cuisse
De dinde aux yeux marrons



Un homme amuse-bouche
Qui petit à petit
D’un plus grand appétit
Se hisse sur ma bouche



Un homme que je cuisine
Saisi, bien ficelé
Un comme je l’imagine
Très longtemps mijoté



Je rêve d’un homme
Je le ferai danser
Entre deux verres de rhum
La danse des fiertés



Je rêve d’un homme
Un homme comme toi maman
Je le rêvais si beau
Et la voilà si belle


Un homme dans mon boudoir
Un homme-canapé
Un homme pour un soir
De cuir tout habillé


Non pas un mec clic-clac
Qui me like sur son book
Pas un pouf mais un crack
Qui me claque, qui m’étouffe


Mi-homme, mi-robot
Erecto-ménager
Aspirant sur mon dos
Tout le sucre cassé


Un homme bandonéon
Un homme métronome
Un maître baryton
Un homme ad libitum


Je rêve d’un homme
Qui saurait dessiner
Sur mon curriculum
Une étoile dorée


Je rêve d’un homme
Un homme comme toi maman
Je le rêvais si beau
Et la voilà si belle


Je te rêvais si beau
Et te voilà si belle


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence







Rue des Ursulines



Marche sur la neige
Nos mains froides au chaud
Silence un manège couve ses chevaux
Serre-toi contre moi


Nous marchons légers
Murmure de nos pas, mi-voix cadencées
La ville sourdement s'efface derrière nous
Place du Ralliement nos voix se dénouent

Coulera la Maine, coule sans savoir
Où nos pas nous mènent pour danser ce soir
Coulera la Maine, coule sans histoire
Ta main doucement se prend dans la mienne

Rue des Ursulines, conquit la toison
Douceur angevine, un colimaçon
Viens, raconte-moi
Cette bague c'est quoi ?
Tais-toi, viens sur moi,
Viens, embrasse-moi

Coulera la Maine, coule sans savoir
Où nos pas nous mènent pour danser ce soir
Coulera la Maine, coule sans histoire
Demain doucement coulera ma peine

Ce matin j'ai froid
Tu t'en vas déjà ?
Tu t'en vas
Tu t’en vas déjà...

Coulera la Maine, coule notre histoire
Ce soir ton amour coule dans mes veines

Nous tremblons toujours
Nous dansons trop peu
Le désir naissant marche sur le feu
Mains froides, Outre-Maine
Silence sur le pont
Chantent les gospels


De la Haute-Chaîne, regarde le fond
Où brillent nos restes
La Maine coule rousse
Dans un dernier geste
Ta main qui me pousse

Coulera la Maine, coule sans savoir
Où nos pas me traînent pour danser ce soir
Tournent les manèges, tourne l'existence
L'amour, mon amour, mènera la danse


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence







Jealous Guy



Je ramasse des morceaux


Les couleurs des sentiments
Liées aux formes de représentations symboliques


L'obsession idéative qui scintille à l'orée des rencontres



Sans hasard
Je venais pour cette émotion forte
L'absolue beauté de ton premier regard
Sur le pont



Un autre, plus lucide, aurait sauté huit mois plus tôt…
Je venais pour cette lumière parfaite



Posée sur ta joue
Ce reflet
Ta main
Le bois peint
Le triangle rouge
Une petite table dorée au soleil



Il restera caché
Ton coeur est une panthère des neiges
Dissimulé
Invisible
Pourtant je sais qu'il est là
Qu'il m'observe
Je resterai à l'affut
Silencieux jusqu’à l'apparition
Le temps ne sera plus
l'espace géométrisera nos désirs synesthésiques



Patience
Délicatement
Je ramasse les morceaux de couleur
Les tessons de bouteilles
Sous les physalis en fleur


Au coin de la rue un musicien chante Jealous Guy
I was dreamin' of the past
And my heart was beating fast
I began to lose control
I began to lose control …


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence







Brut

J’ai jeté par dessus mon épaule
La tasse d’un caprice déjà tiède et mourant
Maintenant je vais boire de longs baisers amers
Á même les torrents, les lacs et les rivières
Dans le pré, de grosses vaches dansent comme des cygnes
Un organiste beugle seul sur son télésiège


Je vaincrai par la force, la mort la plus indigne
La sourde indifférence de ton regard fuyant

Gil Sersiron.
2019©️Arborescence









Elle passe


Elle immatricula son chalutier mystique
Dans un autre pays
Aux confins du courage et de la lâcheté
Aux confins d’une mer
Jonchée d’âmes demeurées
Atteintes d’amaurose


Là, elle eût navigué sous pavillon Poulpique
Balançant ses filets à toutes marinières
Á tous vents, toutes choses
Ses tentacules roses
Eussent fisté les monstres
Les plus chastes et austères !

Il y eut un éclair
Á mon réveil
Tout redevint plus clair

Le jour de son départ
Échoué sur le sable de la plage du Prado
Comme dit si bien Verlaine
J’avais le vin mauvais...
J’avais mauvaise haleine
J’avais confié mon corps
Aux boues rouges, aux mégots
Mon cerveau, mes cheveux
Aux «sole mio » gras
Des cartons de pizzas

Au loin brillaient encore
Des zébrures électriques
Il me restait un œil
Sur cette mer pensue
Je devinais la passe
Où Charybde et Sylla
Attendaient

Ma lubrique inconnue



Gil Sersiron.
2019©️Arborescence






Emma


Les arbres ne meurent pas
Ils demeurent avec toi
De diamants et de bois

Quand le monde s’immeuble
J’ai des bleus à mes branches
Eux, saignent de leurs bras

Le Beau tient sa revanche
Ton art, au bout d’un doigt !
Emma
Dis leur que la terre penche

Gil Sersiron.
2019©️Arborescence






Dylan, Spritz and peanuts

On était allongés sur le lit
Elle me traduisait une chanson de Dylan
Lay, lady, lay ...
La fenêtre ouverte sur un petit canal

Sa voix


Rio dei Miracoli
C’était avril, il faisait beau
On se découvrait
On entendait Venise
Les clapotis effleurer les premières marches
Je rêvais d’autres voyages


Sa voix

C’est la première chose dont je suis tombé amoureux
J’imaginais des rivières, des terrasses, des greniers, des forêts, des cabanes ...
Je savais les fables de Corto Maltese
Les correspondances de Sand et Musset
Des voiliers, des taxis, des tandems, des cargos, des Triumphs, des trains de nuit ...



Je rêvais de tout ça
Et même d’autres planètes
Mais je n’imaginais pas
Qu’un jour, on partirait
En cacahuète


/...Lay, lady, lay, lay across my big brass bed
Stay, lady, stay, stay while the night is still ahead -


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence





Marseille


Midi sur le vieux port
Á l’heure du soleil, encore
Revenir à Marseille
Île aux embrouilles et aux trésors

Elle, immensément belle
Je la regarde, sous la voile
Elle écrit à son frère
Tendres mots surement, carte postale

Á l’ombre, je range les cordages
Il y a peu de place sur ce bateau
Mais j’ai trouvé la mienne

Être et la regarder
Elle porte sa robe bleue
Rêve de traversées
Cyclades ou Eoliennes
Or et Porquerolles, encore

Revenir à Marseille
Elle dit repartons
Enquillons-nous
Ne restons pas, partons
Courons les mers, Ulyssons-nous
Osons, en sloop, en goélette, en pointu, en caravelle
Repartons ! 
Mais je n’imaginais pas, qu’un jour on partirait
En sucette


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence



Les grands orages



Après les grands orages
Le ventre des rivières
Se charge de colère


Quand des torrents de boue
Dévastent le visage
D’un amour à genoux



Les larmes amarante
Emportent les lits-cages
Au-delà des tourmentes

Après les grands orages
Au mat nu, attachées
Combien de nos faillites
Dérivent au grand large ?


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence







L'ombre au tableau



Alors nous habitons l'intérieur de ce cadre
Entre deux verres polis, évitons la blessure
Marie-Louise s'ennuage au ciel rouge de cinabre
À l'étroit de nos vies, à l'envers des dorures



Ne soumettons l'épreuve qu'aux douces écorchures
Encadrons nos désirs, nos césures sous le voile
Passe-partout aux ciseaux, incision dans la toile
Qui promet à l'artiste son œuvre sans rature


Nous ne pourrons jamais dissocier la brûlure
De la flamme qui danse, du feu des écritures
La douleur se dessine, l'autre est dans la tourmente
Nos portraits craquelés ont les rides sanglantes


Ce jeu est dangereux, jouons jusqu’à l'ivresse
Oui nous nous blesserons, vous m’en faites promesse
Nous brûlerons les cadres taillés d'un mauvais bois
Puissent nos libertés retrouver leur éclat !


Une ombre sur le trait estompe nos défiances
Un filet rouge sombre suinte de la feuillure
Il faudra bien Madame oser vos transcendances
Miser sur deux tableaux ou saigner la doublure


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence












Fourmilière



Je ne chercherai plus
Cartons et sacs-poubelles
Escalier, confettis
Le carnaval s’achève
La porte claque encore
Et je reste

Comme l’insecte espère de la mort
De l’amour qui se décompose
Se dénude plus encore
Se démembre
S’anamorphose
Je reste

On ne se sentait plus
Nos antennes fourmillaient de questions immatures
Claquemuré dans ma mémoire
Je décroche du mur
Le masque vénitien
Qui te regarde partir

J’entends
La chambre se fermer
Je sens encore
Les fourmis dans mon bras
Quand tu dormais dessus
Je reste

Les veines sanglées
Le cœur bien attaché
Les fourmis dans mon bras
Quand on n’est plus aimé
On est plus que des restes
On est moins que poussière
On reste
Du vent dans des fourmilières

S’y faire et se taire
Et se taire


Gil Sersiron.
2019©️Arborescence